Mois : avril 2016

FAO: la faim dans le monde n’aura pas de fin

Les systèmes alimentaires de notre planète seront-ils en mesure de produire assez de nourriture de manière durable pour 10 milliards de Terriens? Oui, répond l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), tout en démontrant le contraire. Car la planète est dévastée par l’agriculture intensive, et le changement climatique en cours renforcera la pauvreté, la désorganisation des sociétés et les inégalités.

«On ne peut pas continuer sans rien faire.» C’est un rapport dramatique que publie la FAO. Diplomatie oblige, les mots sont pesés, les expressions parfois alambiquées, mais le constat est plus qu’inquiétant. Car dans ce monde à 9,7 milliards d’êtres humains qui se profile pour 2050, il faudrait augmenter de près de 50% les volumes de nourriture produits pour espérer remplir les ventres… et les réservoirs. Or tous les voyants sont au rouge dans le monde de demain, constate la FAO.

Maintes et maintes fois dénoncés, les agrocarburants ont continué leurs ravages: la consommation de céréales, de graines oléagineuses et de canne à sucre s’est accrue pour la production de carburant, tout comme l’utilisation de la biomasse pour remplacer les produits pétrochimiques. «La concurrence accrue entre les utilisations alimentaires et non alimentaires de la biomasse a renforcé l’interdépendance entre les marchés des produits alimentaires, des aliments pour animaux et des sources d’énergie», constate la FAO.

UNE PLANÈTE À L’AGONIE

Les causes sont multiples. L’agriculture et la croissance économique ont déjà «souvent [coûté] cher à l’environnement naturel», constate pudiquement l’agence onusienne. Presque la moitié des forêts qui couvraient jadis la planète ont maintenant disparu. Les nappes phréatiques sont en voie d’épuisement rapide. La biodiversité a été gravement érodée. L’avenir ne s’annonce pas non plus «radieux», avec une croissance démographique «inégale», des changements climatiques qui intensifieront les catastrophes naturelles, les conflits armés et les flambées de ravageurs et de maladies transfrontaliers. Le tout dans un contexte d’explosion de la demande en viande et en produits laitiers, dont raffole une classe moyenne mondiale en expansion.

DES RENDEMENTS QUI STAGNENT

Surtout, les rendements agricoles, après 55 ans de folle hausse -production multipliée par 3- stagnent: depuis les années 1990, les augmentations moyennes enregistrées pour les rendements de maïs, de riz et de blé dépassent tout juste les 1%, quand la population croît de 1,2% chaque année. Sans trop s’avancer, et sans pour autant renier une agriculture productiviste qu’elle a indirectement soutenue depuis plusieurs décennies, la FAO vante désormais les mérites de l’agriculture de conservation et de l’agriculture intelligente face au climat, «[qui] contribuent certainement à l’augmentation de la productivité agricole». Du bout des lèvres, l’agence onusienne pointe le fléau de l’accaparement des terres par de «grandes exploitations agricoles commerciales (…) sujettes à controverse car, souvent, elles ne sont pas transparentes [et] donnent des résultats médiocres sur le plan de la création d’emplois et de la génération de revenus pour l’Etat.»

Un échec, l’éradication de la faim dans le monde? Quelque 800 millions de personnes souffrent de la faim en 2017 et plus de deux milliards subissent des carences chroniques en micronutriments ou des formes de suralimentation. «11% de la population du monde s’endort encore le ventre vide», écrit la FAO, alors même que le monde «produit maintenant plus qu’assez de nourriture pour satisfaire les besoins alimentaires de la population mondiale tout entière.» Un tiers des aliments produits dans le monde sont aujourd’hui perdus ou gaspillés.

L’EAU, UN MIRAGE

Peut-on espérer augmenter les surfaces agricoles pour compenser ce manque de productivité? Las. Cela fait une vingtaine d’années que les superficies de terres agricoles se sont stabilisées, à un niveau d’environ 4,9 milliards d’hectares. Avec en toile de fond les 6 Mha de terres agricoles arrachées aux 7 Mha de forêts rasées dans les zones tropicales et subtropicales. L’irrigation est en passe de devenir un mirage, sur une planète où aquifères et fleuves tirent la langue. «Conjugué à la pénurie en eau, le taux d’expansion des superficies de terres irriguées connaît un considérable ralentissement», constate la FAO, qui prévoit ce taux d’expansion à… 0,24% par an. Et les protéines ne viendront pas de la mer, où la vie est aussi fragilisée, avec des eaux plus chaudes, une salinité modifiée et une acidification accrue. «L’adoption de pratiques de gestion durables des terres, de l’eau, des pêches et des forêts par les petits exploitants sera cruciale.»

VŒUX PIEUX

La FAO dessine 10 pistes -autant de vœux pieux- qui vont de l’amélioration, «de manière durable», de la productivité agricole afin de satisfaire la demande croissante au renforcement de la résilience face aux crises de longue durée, aux catastrophes et aux conflits. «De profonds changements devront intervenir dans les systèmes agricoles, les économies rurales et la gestion des ressources naturelles», conclut l’agence.

Source: http://www.journaldelenvironnement.net/article/fao-la-faim-dans-le-monde-n-aura-pas-de-fin,79956

ONU: “pire crise humanitaire” des dernières décennies dans le monde

Les Nations Unies ont averti que la planète était confrontée à la “pire crise humanitaire depuis la fin de la Seconde guerre mondiale”, avec un risque de malnutrition et de famine pour 20 millions d’habitants de trois pays d’Afrique et au Yémen.

Somalie, Soudan du Sud, Nigeria et Yémen, tous en proie à des conflits armés, sont les pays cités dans la déclaration faite vendredi devant le Conseil de sécurité par le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence de l’ONU, Stephen O’Brien.

Le responsable qui s’est rendu au début du mois au Yémen, au Soudan du Sud et en Somalie, a lancé un appel à une mobilisation urgente, réclamant 4,4 milliards de dollars à la communauté internationale d’ici juillet pour “éviter une catastrophe.”

“Les Nations Unies lancent un avertissement, le monde fait face à sa pire crise humanitaire depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, avec plus de 20 millions de gens confrontés à la faim et à la famine dans quatre pays”, a-t-il déclaré.

“Sinon, on peut prédire que beaucoup de gens vont mourir de faim, perdre leurs moyens de subsistance et voir annulés les acquis politiques durement gagnés au cours des dernières années”, a ajouté M. O’Brien.

“Sans des efforts collectifs et coordonnés à l’échelle mondiale, des gens vont tout simplement mourir de faim. Beaucoup d’autres vont souffrir et mourir de maladie. Des enfants vont être retardés (dans leur développement) et manqueront l’école. Des moyens d’existence, des avenirs et des espoirs seront perdus”, a averti le secrétaire général adjoint.

Le Yémen, a-t-il souligné, est actuellement le théâtre de la “pire crise humanitaire au monde”. Deux tiers de sa population – 18,8 millions de personnes – ont besoin d’assistance et plus de sept millions “ignorent d’où proviendra leur prochain repas”, a-t-il dit en faisant état de déplacements massifs de populations, déracinées par les combats entre forces gouvernementales et houthistes.

Le conflit a déjà fait plus de 7.400 morts et 40.000 blessés depuis mars 2015, selon l’ONU.

De récents accords entre les belligérants ont permis l’acheminement d’une aide alimentaire à 4,9 millions de personnes le mois derniers. “Pourtant, toutes les parties au conflit refusent arbitrairement un accès durable aux humanitaires et instrumentalisent l’aide à des fins politiques”, a déclaré M. O’Brien.

Il a estimé que 2,1 milliards de dollars étaient nécessaires pour aider 12 millions de gens et annoncé qu’une conférence au niveau ministériel aurait lieu le 25 avril à Genève en présence du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres pour lever des fonds.

‘Plus rien pour survivre ‘

Au Soudan du Sud, M. O’Brien a dit avoir trouvé “la situation pire que jamais”, en raison de la guerre civile qui ravage le pays depuis décembre 2013.

Les parties du conflit sont responsables de la famine, a-t-il accusé.

Plus de 7,5 millions de personnes ont besoin d’aide, soit 1,4 million de plus que l’an dernier, dans ce pays qui compte 3,4 millions de déplacés.

En Somalie, c’est plus de la moitié de la population — 6,2 millions d’habitants — qui a besoin d’aide et de protection, dont 2,9 millions menacés par la famine.

Près d’un million d’enfants de moins de 5 ans souffriront cette année de grave malnutrition, a-t-il dit, dans ce pays plongé depuis près de trois décennies dans le chaos et la violence entretenus par des milices claniques, des gangs criminels et l’insurrection des islamistes shebab.

“Ce que j’ai vu et entendu lors de ma visite en Somalie était bouleversant – des femmes et enfants marchent des semaines à la recherche de nourriture et d’eau”.

“Ils ont perdu leur bétail, les sources d’eau potable se sont asséchées et ils ne leur reste plus rien pour vivre”, a-t-il noté, ajoutant qu’on assistait à un vaste mouvement de population vers les centres urbains.

Enfin, dans le nord-est du Nigeria, théâtre de l’insurrection des islamistes de Boko Haram depuis 2009, frappé par le changement climatique et victime de la mauvaise gouvernance, plus de 10 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire, dont 7,1 millions sont “confrontées à une grave précarité alimentaire”, a dit M. O’Brien.

Lors de la Conférence d’Oslo sur le Nigeria et le bassin du lac Tchad le mois dernier, des contributions à hauteur de 672 millions de dollars ont été annoncées, en deçà de l’appel, fixé à 1,5 milliard de dollars.

Une majorité de Canadiens exprime des craintes face à l’immigration

Sondage – La maison CROP a pris le pouls des Canadiens sur leur ouverture face aux immigrants et aux réfugiés, ainsi que sur leurs perceptions des musulmans. Résultat : nous sommes généralement accueillants… mais aussi méfiants. Explications.

Par Gaétan Pouliot et Melanie Julien

Construit sur l’immigration, le Canada est l’un des pays les plus multiculturels de la planète. Lors du recensement de 2011, un Canadien sur cinq était immigrant, un sommet depuis 1931. Et cette proportion continue d’augmenter.

Nous avons accueilli un peu plus de 320 000 immigrants l’an dernier, un nombre record pour le pays qui en reçoit en moyenne 250 000 chaque année.

Le sentiment de repli qui existe dans certains pays européens et aux États-Unis face à l’immigration existe-t-il aussi au Canada?

Ce sondage a été réalisé par CROP à la demande de Radio-Canada auprès de plus de 2513 Canadiens. La méthodologie se trouve au bas de l’article, ici.

Voici pourquoi Radio-Canada a décidé de mener ce sondage.

Y a-t-il trop d’immigrants au Canada?

Venus d’un peu partout dans le monde, les immigrants contribuent non seulement à l’économie du pays, mais aussi à redéfinir la société. Des changements qui ne sont pas toujours les bienvenus aux yeux de certains.

Près de 40 % des répondants estiment qu’il y a trop d’immigrants et que cela est une menace pour « la pureté » du pays. Aussi, plus de la moitié des Canadiens expriment des craintes quant à l’avenir de la culture et de l’identité.

Cette crainte n’est pas nouvelle. Dans le cas du Québec, le pourcentage des gens qui sont méfiants face aux immigrants oscille entre 30 % et 50 % depuis 25 ans.

Pour le président de la maison de sondage CROP, Alain Giguère, cette perception de menace, qui peut mener à l’intolérance, s’enracine dans une société de plus en plus complexe.

« Une partie de la population – de souche – a de la difficulté à vivre avec cette population de plus en plus diversifiée et il y a un potentiel d’intolérance qui s’exprime », explique-t-il, ajoutant que « l’intolérance ethnique est souvent le corollaire d’une difficulté de vivre avec une société trop complexe ou trop incertaine », notamment lors de crises économiques.

Comment se sentent les Canadiens face aux changements de la société? Les avis sont partagés.

Un Québécois sur trois estime que la diversité rend le pays « un meilleur endroit pour vivre ». Dans le reste du Canada, ils sont près d’un sur deux à penser cela. Une importante minorité croit toutefois le contraire.

Les immigrants et la culture canadienne

Une majorité de Canadiens, tant au Québec que dans le reste du pays, estiment que les immigrants devraient adopter les moeurs et coutumes du pays. Une tendance à la hausse depuis les 25 dernières années.

La proposition de la candidate à la direction du Parti conservateur Kellie Leitch de dépister les immigrants et les réfugiés aux « valeurs anticanadiennes » est une proposition sensée, selon une majorité de répondants.

Méfiance envers les musulmans

Notre sondage démontre que la méfiance envers les immigrants et les groupes minoritaires est davantage accentuée lorsqu’il est question de religions… et encore plus des musulmans.

« L’intolérance s’exprime de façon infiniment plus marquée à l’égard de la différence religieuse que de la différence ethnique », remarque Alain Giguère.

Les répondants au sondage estiment que les musulmans sont l’un des groupes les moins bien intégrés.

Certains répondants ont une position plutôt radicale qui rappelle celle du président américain Donald Trump. Une importante minorité – 32 % des répondants au Québec et 23 % dans le reste du Canada – aimerait que le gouvernement interdise l’immigration musulmane.

Pour Alain Giguère, la méfiance envers les musulmans est irrationnelle.

« Il y a quelque chose de viscéral chez les gens qui sentent une menace […] Il y a une peur. Une menace pour notre héritage culturel, notre langue, notre identité. Il y a des gens qui disent : “un jour, leurs moeurs vont dominer la société au lieu des nôtres”. C’est totalement irrationnel. Les musulmans représentent 3 % de la population. »

Tant les Canadiens que les Québécois surestiment le nombre de musulmans vivant au pays. Alors qu’ils ne représentent que 3,2 % de la population, une majorité de Canadiens croient qu’ils forment plus de 5 % de la population. Certains estiment ce taux à plus de 15 %.

Les mosquées et le voile dérangent

Le religieux dérange, mais surtout lorsqu’il est visible sur la place publique.

La méfiance envers les musulmans se manifeste notamment par des réticences lorsqu’il est question de la construction d’une mosquée et par une opinion négative à propos du voile porté par certaines musulmanes. Sur ces questions, on note une différence marquée entre le Québec et le reste du Canada.

Au Québec, la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables et ensuite le projet de charte des valeurs du Parti québécois avaient enflammé les débats sur les symboles religieux, notamment le voile porté par certaines musulmanes.

Une majorité de répondants québécois souhaiterait que ce symbole soit interdit pour les personnes en position d’autorité. Une opinion qui est cependant partagée par une minorité de personnes dans le reste du pays.

La perception du voile est d’ailleurs bien différente au Québec et dans le reste du pays.

Cette différence est peut-être liée au rôle « très autoritaire » qu’a joué l’Église catholique au Québec et au mouvement de laïcisation survenu lors de la Révolution tranquille, croit le président de CROP.

« Les gens qui ont vécu cette laïcisation ont de la difficulté de voir s’exprimer en public d’autres rites religieux dont on a essayé de se défaire, comme société », explique-t-il, ajoutant que l’on retrouve une symbiose entre le rejet du religieux et l’égalité des sexes, qui rend une partie des Québécois allergiques aux signes ostensibles.

Accueillants malgré tout

Si les résultats démontrent une certaine méfiance envers les immigrants et les musulmans, notre sondage révèle que les Canadiens et les Québécois sont ouverts à l’autre et accueillants. Un paradoxe?

« Tant et aussi longtemps que l’on réfère à l’être humain, il y a un humanisme au Canada qui s’exprime », explique M. Giguère, rappelant que le sondage montre que l’intolérance commence à s’exprimer lorsqu’il est question des différences religieuses visibles sur la place publique.

Par exemple, le plan du premier ministre Justin Trudeau d’accueillir 40 000 réfugiés syriens au pays est bien accueilli par une majorité de Canadiens.

Une majorité de Canadiens et de Québécois estime par ailleurs que les réfugiés sont une force pour le pays et qu’ils ont beaucoup à nous apporter. Certains croient toutefois qu’ils prennent « nos emplois » et « profitent de nos avantages sociaux ».

Cette méfiance est présente dans plusieurs pays occidentaux, comme en Hongrie et en Pologne, où le taux de réprobation envers les réfugiés est partagé par une large portion de la population.

De manière générale, les Canadiens estiment que les immigrants et les « autres cultures » ont beaucoup à nous apporter. Une opinion notamment en hausse au Québec ces dernières années.

Les Canadiens sont accueillants. Mais selon une importante minorité de répondants, l’arrivée de réfugiés augmente le risque de terrorisme au pays.

Avant et après l’attentat de Québec

L’attentat qui a fait 6 morts dans une mosquée de Québec a eu un impact sur la perception des Canadiens envers la communauté musulmane. Notre sondage, qui a été mené avant et après la fusillade, montre que les perceptions étaient plus positives envers la communauté musulmane à la suite du tragique événement.

L’opinion des Québécois sur les mosquées a aussi évolué depuis l’attentat. « Si la construction d’une mosquée était annoncée dans votre quartier, à quel point seriez-vous favorable? » À cette question, une majorité exprime toujours des réticences, mais dans une moins grande mesure.

Malgré cette nouvelle empathie, la moitié des Canadiens disent que ça ne les dérangerait pas si l’attentat de Québec décourageait les musulmans de venir s’établir au pays.

Les Canadiens se disent ouverts aux nouveaux arrivants, mais le sondage démontre que leur opinion change dès qu’il est question de religion, surtout au Québec.

« On a peur [que l’immigrant] impose sa différence. Et qu’en imposant sa différence, il change notre société », résume Alain Giguère, de CROP. Bref, les Canadiens sont accueillants, mais méfiants à la fois face à leur différence religieuse.

Est-ce que ces résultats pourraient avoir une répercussion dans les urnes? La méfiance envers les immigrants et les musulmans est-elle un ingrédient qui pourrait aider un politicien populiste comme Donald Trump à se frayer un chemin jusqu’au pouvoir?

Ce serait difficile, selon les résultats du sondage : quatre Canadiens sur cinq n’aimeraient pas que ce genre de politicien fasse son entrée sur la scène politique.

Lisez l’autre volet de notre sondage : Prêts pour un Trump canadien?

Une édition spéciale sur le sujet sera présentée à 19 h à l’émission 24-60 sur ICI RDI.

Le mot du directeur général de l’information

L’élection de Donald Trump, la montée de la droite populiste en France et dans le reste de l’Europe sont en train de réaligner l’axe du discours politique. La crainte du terrorisme, la vague de réfugiés, la crainte de la mondialisation contribuent à un sentiment d’incertitude et de repli dans beaucoup de pays occidentaux. Le Canada, pour l’instant, semble moins affecté par ces phénomènes. Mais cela est-il vraiment le cas?

Au Service de l’information de Radio-Canada, nous avons voulu tester ces hypothèses. Le sondage que nous vous présentons, réalisé avec la firme CROP, sonde les sentiments des Canadiens sur les questions du populisme, de l’immigration, de la confiance dans les élites. Les questions sont claires et directes. Le pays a-t-il besoin d’un politicien comme Donald Trump? Les immigrants devraient-ils subir un test pour s’assurer qu’ils partagent les valeurs des Canadiens? Contribuent-ils à une meilleure société?

Les réponses, que nous présentons et que nous analyserons au cours des prochains jours sur toutes nos plateformes et dans plusieurs de nos émissions, ont parfois de quoi surprendre. Elles permettent de jeter un regard lucide et informé sur l’opinion publique canadienne au moment où une bonne partie du monde vit une période d’inquiétude et de questionnement profond. Le Service de l’information de Radio-Canada souhaite contribuer, par ce sondage, à un débat éclairé sur des enjeux qui sont en train de façonner le visage du Canada.

Michel Cormier, 13 mars 2017


Méthodologie

Sondage web par panel auprès de Canadiens âgés de 18 ans et plus.

Le sondage a été réalisé en deux parties : un premier volet ayant eu lieu du 27 au 30 janvier, soit dans les jours précédant l’attentat survenu à la grande mosquée de Québec, avec un total de 682 entrevues effectuées. [Aucune réponse n’a été obtenue le 30 janvier, lendemain de l’attentat]. Compte tenu de la forte couverture médiatique accordée à cet événement, il a été convenu d’interrompre la collecte des données pendant deux semaines avant de reprendre le deuxième volet, qui s’est déroulé du 14 au 20 février, pour un total de 1831 entrevues effectuées.

Échantillon final de 2513 personnes (1024 au Québec et 1489 ailleurs au Canada).

L’échantillon final devait respecter certains quotas (âge, sexe, région) pour en assurer une bonne répartition.

La validité des répondants a été vérifiée en éliminant les répondants trop rapides ou incohérents

L’échantillon final a été pondéré pour le rendre représentatif de la population canadienne selon l’âge, du sexe, la région, la scolarité et la langue maternelle (au Québec seulement pour ce dernier critère) en utilisant les données de Statistique Canada (recensement de 2011).

Vous pouvez consulter l’ensemble du sondage ici.

Source: http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/special/2017/03/sondage-crop/canadiens-tolerance-religion-immigrants-identite-culture/

Ces fonds vautours dont le métier est de ruiner des pays pauvres

Donegal International, FG Capital Management, Elliott Management: dans un essai pugnace, Jean Ziegler dénonce “l’ordre cannibale” imposé par quelques fonds d’investissement.

La complexité supposée des choses est une stratégie. Elle confisque l’analyse au profit des experts. Le néophyte est prié de se sentir illégitime et de ne pas se mêler de questions trop compliquées. Le sociologue Jean Ziegler, ancien rapporteur à l’ONU pour les questions d’alimentation, montre, à l’inverse, que les choses sont souvent simples. Atrocement simples, même.

Ainsi en 2011, à l’occasion de la parution de «Destruction massive. Géopolitique de la faim», il faisait savoir que la faim dans le monde était un crime consenti par les Etats riches: tous les êtres humains – tous – seraient nourris si chaque Parlement votait dès demain une loi interdisant la spéculation boursière sur les denrées de base comme le blé.

Aujourd’hui, avec «Chemins d’espérance», admirable cours de vérités publiques, il désigne clairement deux tueurs: la dette et les fonds vautours. «Le service de la dette maintient les peuples de l’hémisphère sud en esclavage», écrit-il.

Dans cette géopolitique obscène, absente hélas des débats préélectoraux, il accuse les fonds vautours, ces fonds d’investissement spécialisés dans le rachat de prêts aux pays pauvres à des fins de spéculation.

Jean Ziegler connaît bien le système. Il a présenté un rapport en août au palais des Nations, à Genève. Un pays pauvre surendetté qui ne peut rembourser ses créanciers est déclaré en cessation de paiement. Le voici seul et vacillant face aux banques internationales pour négocier une réduction de sa dette. Les fonds rapaces rappliquent, rachètent les anciennes obligations à prix cassé. Puis des bataillons d’avocats engagent des procédures pour contraindre le pays pourtant ruiné et le peuple à l’agonie dans les bidonvilles à rembourser ces obligations à hauteur de 100% de leur valeur.

Cet ordre cannibale du monde s’est imposé presque subrepticement, écrit-il. De très minces oligarchies capitalistes infiniment puissantes et échappant presque totalement à tout contrôle étatique, syndical, social, accaparent aujourd’hui l’essentiel des richesses de la planète et dictent leur loi aux Etats.»

En 2015, 26 fonds vautours menaient 277 procédures devant 48 juridictions différentes contre 32 pays débiteurs. Dans 77% des cas, ils gagnent. Ces procès rapportent entre 300 et 2000% d’intérêts. Les juridictions britanniques et américaines sont les plus prisées.

«Les fonds vautours tuent», écrit Jean Ziegler. Exemple parmi tant d’autres: la famine qui s’est déclarée au Malawi en 2002. Le gouvernement n’a pas pu nourrir sa population car pour payer sa dette de plusieurs dizaines de millions de dollars à un vautour, il a dû vendre toutes ses réserves de maïs – 40.000 tonnes.

La complexité supposée des choses est une stratégie. Elle confisque l’analyse au profit des experts. Le néophyte est prié de se sentir illégitime et de ne pas se mêler de questions trop compliquées. Le sociologue Jean Ziegler, ancien rapporteur à l’ONU pour les questions d’alimentation, montre, à l’inverse, que les choses sont souvent simples. Atrocement simples, même.

Ainsi en 2011, à l’occasion de la parution de «Destruction massive. Géopolitique de la faim», il faisait savoir que la faim dans le monde était un crime consenti par les Etats riches: tous les êtres humains – tous – seraient nourris si chaque Parlement votait dès demain une loi interdisant la spéculation boursière sur les denrées de base comme le blé.

Aujourd’hui, avec «Chemins d’espérance», admirable cours de vérités publiques, il désigne clairement deux tueurs: la dette et les fonds vautours. «Le service de la dette maintient les peuples de l’hémisphère sud en esclavage», écrit-il.

Dans cette géopolitique obscène, absente hélas des débats préélectoraux, il accuse les fonds vautours, ces fonds d’investissement spécialisés dans le rachat de prêts aux pays pauvres à des fins de spéculation.

Jean Ziegler connaît bien le système. Il a présenté un rapport en août au palais des Nations, à Genève. Un pays pauvre surendetté qui ne peut rembourser ses créanciers est déclaré en cessation de paiement. Le voici seul et vacillant face aux banques internationales pour négocier une réduction de sa dette. Les fonds rapaces rappliquent, rachètent les anciennes obligations à prix cassé. Puis des bataillons d’avocats engagent des procédures pour contraindre le pays pourtant ruiné et le peuple à l’agonie dans les bidonvilles à rembourser ces obligations à hauteur de 100% de leur valeur.

Cet ordre cannibale du monde s’est imposé presque subrepticement, écrit-il. De très minces oligarchies capitalistes infiniment puissantes et échappant presque totalement à tout contrôle étatique, syndical, social, accaparent aujourd’hui l’essentiel des richesses de la planète et dictent leur loi aux Etats.»

En 2015, 26 fonds vautours menaient 277 procédures devant 48 juridictions différentes contre 32 pays débiteurs. Dans 77% des cas, ils gagnent. Ces procès rapportent entre 300 et 2000% d’intérêts. Les juridictions britanniques et américaines sont les plus prisées.

«Les fonds vautours tuent», écrit Jean Ziegler. Exemple parmi tant d’autres: la famine qui s’est déclarée au Malawi en 2002. Le gouvernement n’a pas pu nourrir sa population car pour payer sa dette de plusieurs dizaines de millions de dollars à un vautour, il a dû vendre toutes ses réserves de maïs – 40.000 tonnes.

“Patrimoine pour tous” : et si l’Etat offrait un capital à tout le monde ?

Source: http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20161215.OBS2725/ces-fonds-vautours-dont-le-metier-est-de-ruiner-des-pays-pauvres.html

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